Expédition de Crimée
par jean-paul kirkbride
EXPEDITION DE CRIMEE
Sous le maréchal Saint-Arnaud (1854)
Le corps expéditionnaire franco-anglais, renforcé de 7 000 Turcs, s’élève à 50 000 hommes. Les flottes combinées (89 vaisseaux, 300 bâtiments de transport) avaient franchi le Bosphore. L’armée débarque le 14 septembre 1854 près d’Eupatoria, et se met le 19 en marche sur Sébastopol. 33 000 Russes, sous Mentschikof, l’attendent sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l’Alma (20 septembre).
Le plan de Saint-Arnaud était de déborder les Russes aux deux ailes, par Bosquet à notre droite, sur les hauteurs qui bordent la côte (vers Almatamak), par les Anglais à notre gauche, puis à attaquer à fond avec le centre (Canrobert, prince Napoléon) vers Bourliouk, Forey restant en réserve. Ce plan ne réussit qu’à moitié, par suite de la lenteur des mouvements des Anglais ; il se transforma en une attaque de flanc par Bosquet et de notre centre, que vint appuyer notre artillerie. Après une vive résistance, les Russes évacuèrent les hauteurs du Télégraphe et se replièrent sur Bachi-Saraï, sans qu’il nous fut possible, faute de cavaliers, d’inquiéter leur retraite.
Les alliés franchissent alors le Bolbek, la Tchernaïa et viennent s’établir au sud de Sébastopol, pendant que Mentzchikof, après avoir jeté 6 000 hommes dans cette ville, se retire au nord-est, dans la direction de Simféropol, pour maintenir ses communications avec la Russie et inquiéter nos derrières. Au moment où les travaux de siège allaient commencer, le maréchal de Saint-Armand, terrassé par la fatigue et la maladie, dédiait le commandement au général Canrobert et à peine embarqué sur le Berthollet, rendait le dernier soupir (29 septembre).
Sous Canrobert et Pélissier : Siège de Sébastopol (1854-1855)
Par la durée (349 jours), par l’héroïsme déployé des deux côtés, par l’effort considérable de l’attaque (80 kilomètres de cheminements), par la science toute nouvelle de la défense, ce siège est un des faits militaires les plus considérables du siècle.
La défense de la ville a été dirigée par les amiraux Kornilof (tué au premier bombardement. 17 octobre 1854) et Nakhimof (tué le 10 juillet 1855) et surtout par un homme de génie, le lieutenant-général Todleben qui conduisit personnellement tous les travaux, jusqu’au moment (20 juin 1855) où une blessure l’obligea à ne conserver que la haute main.
La garnison, qui ne compte au début que 24 000 hommes, est à la fin de 50 000 hommes ; une armée d’opération, commandée par Mentschikof, puis par Gortschakof, et incessamment accrue, opère de puissantes diversions. Les forces alliées s’élèvent progressivement de 50 000 hommes à 220 000 hommes. On évalue à 240 000 le nombre d’hommes auxquels a coûté la vie cette guerre, dont les résultats furent discutables et en tout cas éphémères. Il faut étudier parallèlement le siège (travaux d’approche, bombardements, assauts) et les opérations contre l’armée de secours sous les directions successives de Canrobert et de Pélissier.
Les alliés, après leur victoire de l’Alma, s’exagérant la force des défenses au nord de Sébastopol, tournent la place et viennent s’établir au sud pour assurer leurs communications avec la flotte anglaise (à Balaklava) et avec la flotte française (baie de Kamiesh). Ils occupent un véritable camp retranché fortifié par la nature des lieux (monts Sapoune et Fedioukhine), adossé à la mer, couvert sur le flanc gauche par la Tchernaïa, les Français à l’ouest, les Anglais à l’est du ravin des Anglais ; un corps d’observation sous le général Bosquet, placé face à l’est, joua un rôle considérable.
Les travaux de défense existaient à peine du côté du sud, que les alliés (de l’aveu de Todleben) auraient pu surprendre au début par une brusque attaque. Ils furent exécutés d’une façon admirable : le point central de la défense devint Malakof. Un premier bombardement dirigé le 17 octobre 1854 contre ces travaux, resta sans succès.
Le 25 octobre, l’armée de secours (division Liprandi) traversant la Tchernaïa, vient surprendre les Anglais et les Turcs à Balaklava ; elle est repoussée, non sans peine (charge héroïque et folle de la cavalerie anglaise) et se replie sur Tchorgoune.
Le 5 novembre, Mentschikof, renouvelant son attaque, à la faveur du brouillard, passe la Tchernaïa au pont d’Inkermann et surprend les Anglais sur le plateau du Carénage. Ils résistent furieusement et sont décimés jusqu’au moment où Lord Raglan, ayant engagé toutes ses réserves, accepte le secours que Bosquet lui avait offert dès le début. Aussitôt les brigades Bourbaki et d’Autemarre se précipitent sur les assaillants, qui ne se retirent qu’après avoir perdu 10 000 hommes.
Les travaux de siège se poursuivent activement malgré les rigueurs de l’hiver 1854.55. C’est surtout sur le bastion de Malakof, d’après le conseil du général Niel chargé, après le général Bizot, de la direction des travaux, que se concentre l’effort des assiégeants. De son côté Todleben complète la défense de cette position en construisant, en dehors de l’enceinte, des ouvrages avancés, les ouvrages blancs et le Mamelon vert.
Lorsque Pélissier reçoit le commandement, il annonce la résolution d’en finir avec Sébastopol à tout prix. C’est le début d’une phase d’action énergique où l’on ne reculera devant aucun sacrifice. 17 000 Piémontais étaient venus grossir l’armée alliée. Le 7 juin, après un nouveau bombardement, les ouvrages blancs et le Mamelon vert sont enlevés. Le 18 juin 1855, après un quatrième bombardement, l’assaut est donné à Malakof par les Français, au Grand Redan par les Anglais ; il échoue des deux côtés, les cheminements n’ayant pas encore été poussés assez loin. Pendant qu’on les poursuit activement, Gortschakof essaye d’en arrêter les progrès en surprenant les alliés sur leurs derrières, au pont de Traktir sur la Tchernaïa (16 août 1855), et d’occuper les monts Hasfort et Fédioukhine. Après avoir surpris les Piémontais, il est repoussé avec une perte de 8 000 hommes. Enfin, le 8 septembre, un assaut général est donné contre Malakof après un bombardement ininterrompu de trois jours. L’ouvrage est pris par Mac-Mahon qui y reste, bien qu’on puisse craindre l’explosion d’une mine. Sébastopol est dès lors à notre discrétion. Les Russes l’évacuent la nuit en y mettant le feu et ne nous abandonnent que les ruines de la ville.
